Note de la fic : Non notée

Préjugés aux feux


Par : Redfl0
Genre : Action, Fantastique
Statut : C'est compliqué



Chapitre 2


Publié le 09/02/2013 à 12:05:18 par Redfl0

L’ascenseur fit son usuel « Ting » lorsqu’il s’arrêta et que les portes coulissèrent pour permettre de sortir de cet étroit espace. J’étais au premier étage de l’édifice. Salle de briefings, d’opérations et bureaux des équipes une et deux de la D.A.S.S d’Oxford. Je me trouvais dans le couloir principal. Les murs étaient tapissé en bleu foncé avec au milieu de la façade une fine dalle de bois qui coupait le mur verticalement, donnant un certain style moderne aux corridors. J’avançai jusqu’au seul et unique embrochement de cet étage. Un simple axe ou quatre accès s’offraient à moi, si on y incluait le chemin que je venais d’emprunter. Un embrochement en croix, quoi.

Je pris le couloir de gauche et ouvris la seconde porte, toujours sur ma gauche. Cette dernière, comme toutes celles de l’étage, était faite d’un bois pâle qui venait embellir davantage la décoration des antichambres. Une fine vitre se trouvait sur le côté droit et montrait l’intérieur de la pièce avant même que le visiteur ne pousse la porte. Je vis que tous mes camarades étaient déjà dans la salle. Et je poussai un léger juron quand j’aperçu se tenir au fond, adossé à mon bureau, l’intimidante carrure de mon supérieur. Le commandant Sty.

Tous les regards se tournèrent soudainement vers moi quand la porte claqua dans mon dos. Il me sembla voir pendant un instant Derreck mettre sa main sur son visage, signe de désappointement. Je n’y fis pas attention et continuai d’avancer entre mes différents hommes. Certains étaient affalés sur leurs chaises, d’autre se tenaient debout avec une droiture digne du petit soldat obéissant en présence de leur commandant, et d’autres encore étaient adossés à leurs bureaux respectifs, la paume des mains posée à plat sur les lisses surfaces des pupitres de métal gris. Au fur et à mesure que je leur passais devant, je les comptais. Ils étaient sept. Le compte était bon. Aucun absent. Parfait. Je me stoppai au niveau de mon bureau où je me tins finalement face au chef. Ce dernier me dardait avec beaucoup de dureté sous ses rides creux et ses nombreuses cicatrices. Il avait un tic assez désagréable à regarder qui était de cligner deux fois des yeux.

-Excusez-moi pour le retard, commençai-je, j’ai…
-Oui. Derreck m’a raconté. Bah ! Vous ne pouviez donc pas faire vérifier votre voiture avant de l’utiliser ? L’huile, ça se remplit dès que possible !

Je tournai ma tête et regardai brièvement par-dessus mon épaule. Derreck me fixait avec un faible sourire – de telle sorte que le patron n’aurait pu le voir-. Son regard arrogant me fit à mon tour courber les lèvres. Au fond, je savais ce que ces yeux voulaient dire : « Tu me remercieras plus tard ». Mon attention se reporta de nouveau sur le commandant.

-Oui. Je sais…
-Vous avez de la chance. Je n’ai pas le temps de vous rappeler à l’ordre. Et vous êtes un élément bien trop précieux à la D.A.S.S pour que je puisse me permettre de vous suspendre. Surtout par ces temps où les effectifs nous manquent.

J’hochai la tête. En effet, les équipes 3 et 4 étaient déjà sur une mission qui requérait leur présence à Hambourg, en Allemagne. Leur objectif était d’aller secourir les derniers survivants coincés sous les débris de nombreux bâtiments qui sont tombés… La menace aurait été éliminée –ou, selon moi, simplement écartée- juste avant l’arrivée de l’équipe, ce qui facilita quelque peu les choses, on va dire… Quant à l’équipe 5, ils venaient tout juste de revenir des Etats-Unis où ils ont été envoyés pour des affaires de diplomatie entre la D.A.S.S principale de Chicago et celle d’Oxford. Sûrement encore des règles et des réorganisations visant à améliorer la cohésion entre les différents quartiers généraux dont la D.A.S.S disposait. Je leur laissais toute cette paperasserie avec grand plaisir ! Je n’ai jamais aimé rester des heures durant derrière un pupitre à parler, objecter, approuver et noter chaque décision. J’étais un homme d’action, et c’est pourquoi j’étais présent ici. Une question me vint alors en tête tandis que je repensais aux autres équipes qui composaient l’édifice.

-Et l’équipe 2 dans tout ça ?
-Plus tard. Promit le commandant. Plus tard. Maintenant que toute l’équipe 1 est réunie, projetez les images, Kevin.

Un jeune homme en costume noir et à cravate rouge muni de lunettes bondit de son bureau et alluma un projecteur avec la télécommande qu’il avait sorti d’une de ses poches intérieures. Kevin Mclog était mon second. Celui à qui je donnais mes ordres indirects et qui assurait lorsque notre petit groupe avait besoin d’être scindé. Il était aussi le sniper le plus doué de sa promotion doublé d’un très bon technicien. J’avais moi-même insisté pour qu’il intégré l’équipe 1 en tant que second et assistant à la communication. Jamais alors il ne m’a déçu.

Le projecteur traça un rayon lumineux qui sembla aveugler durant quelques secondes le commandant qui se trouvait devant l’objectif. Il s’écarta un peu, faisant ainsi disparaitre son ombre sur l’écran de papier qui ne tarda pas à être remplacé par une gigantesque carte de l’Europe. Seuls les noms des pays étaient marqués, et l’emblème de la D.A.S.S était représenté au niveau d’Oxford. Le commandant Sty, une fois la mise au point de l’image parfaite, décroisa les bras et montra par un grand tour de sa main la carte.

-Bien, on va attaquer un sérieux cas cette fois les gars. Il ne s’agit pas d’une petite attaque de groupe de ces créatures, mais bien d’une tentative d’invasion à grande envergure. La base de Paris aurait reçu de nombreux appels de détresse venant des services de police et des pompiers de la ville d’Avignon ainsi que ses alentours.

Le chef tourna son regard vers Kevin et souleva un peu sa tête. Mon second comprit et appuya sur une touche de la télécommande. L’image fit un zoom sur la France et plus particulièrement sur les frontières du sud-est. D’autres noms de villes françaises firent leur apparition telle que Marseille ou Nîmes. J’avais déjà été à Montpellier qui n’était pas très loin de ces deux villes pour le peu que je m’en souvenais. Un endroit bien sympa, pour des vacances. Une grosse croix rouge vint se placer au-dessus du nom « Avignon ». Le fond de la carte qui était vert commença alors à virer au rouge-sang aux alentours de la ville. Un chiffre apparut en tant que légende en bas à droite de l’écran. Plus la zone était dans les tons foncés, plus le chiffre d’ennemis au kilomètre carré était élevé. Je regardai ; le maximum était de mille près d’Avignon. Les forêts tenaient sur des couleurs plus orangées. Un autre petit point rouge apparaissait plus loin et un triangle s’affichait en noir à cet endroit avec marqué « Mont Vantoux ». Plusieurs exclamations venant de mes coéquipiers brisèrent le monotone silence de la pièce.

-Comme vous pouvez le voir, reprit Sty, le territoire semble complétement dominé par les dragons… Cette fois, ça va être beaucoup plus tendu qu’à Cardiff ou à Kiel.
-Les dragons… Nommai-je avec dédain.

Cela fait bien trop longtemps maintenant… Et on dirait qu’ils ont finalement choisis d’attaquer de plein front le monde. Toute cette histoire remonte à trois décennies auparavant… dans les années 1980. Au début, tout se passa sans réelle panique ni même le moindre soupçon de la part des habitants, et à plus longs terme, des puissances militaires et gouvernementales des différents états. Au départ, plusieurs fermiers se plaignirent de soudaines disparitions de leur bétail, en Suède et dans le sud de la Russie, puis d’autres personnes se prononcèrent pour les mêmes raisons au Danemark, en Grèce et en Espagne. Quelqu’un aurait dû faire un lien entre tout ça, mais personne n’est intervenu à ce moment-là. Personne…

Les disparitions se révélèrent alors plus nombreuses aux fils des années, et ce n’était plus des vaches ou des moutons qu’on ne revoyait plus, mais bientôt des enfants, souvent entre 8 et 12 ans, ou bien des nourrissons, même si ces derniers étaient plus rares. Le phénomène se répandit rapidement dans les pays frontaliers comme la France ou l’Allemagne. En 1983, notre pays lui-même commença à observer d’étranges enlèvements de nos populations. Là encore, le gouvernement mit trop de temps à réagir.

Ce fut finalement en Février 1984 que le monde prit alors connaissance de la terrible menace qui planait sur nous depuis déjà 4 ans. Des dragons ! Des créatures à long cou, se tenant sur quatre pattes, les mâchoires et les griffes acérées, les museaux effilés et les yeux étrécis comme des aigles. De longues queues parfois munies d’épines et des ailes aussi grandes qu’une planche de surf ! On dit que ce fut un groupe de randonneur qui eut la malchance de tomber sur un de leur nid, dans une caverne en haut d’un pic montagneux en Norvège. Les différents dirigeants des pays tentèrent de dissimuler tout ceci au public afin de ne pas commencer une ère de psychose générale, mais les médias prirent rapidement le dessus, et en quelques semaines, toutes la Terre fut mise au courant. Des dragons étaient apparus sur notre planète, et ils commençaient à sortir de leurs repères.

Les années passèrent et les dragons se multiplièrent. Les plus curieux chercheurs du monde en conclurent que l’espèce était réellement apparue aux alentours de 1980 –une conclusion qui se révélera plus tard vraie- et qu’ils se servirent des premières années pour se reproduire. Ils chassèrent donc au départ des proies simples à emmener pour eux et leurs progénitures, puis les chasseurs prirent davantage confiance au fil du temps et commencèrent à s’en prendre à l’humain. Ainsi, en 1989, les dragons volaient déjà sur le nord de la Norvège et de la Suède, une partie de l’Estonie, et les Italiens durent même quitter certaines de leurs terres. Plus tard encore, l’Allemagne fut investie et en ce moment, les terres germaniques du Sud appartiennent à ces créatures sanguinaires. Du côté des autres continent, les Etats-Unis sont en plein combat avec des envahisseurs venus des pays du nord de l’Europe et ayant voyagé par-dessus l’océan jusqu’à arriver dans le nord-est du Canada où ils envahirent rapidement les terres enneigés. Jusqu’à maintenant, le pays de l’oncle Sam parvient à les repousser grâce à sa grande puissance militaire, mais leurs forces baissent, et le moral aussi, car les dragons, eux, semblent toujours plus nombreux. L’Algérie ainsi qu’une bonne partie de la Tunisie ont été désertés à cause des dragons en Afrique. Séparant ainsi les pays de l’hémisphère sud des grandes puissances du nord. De grands déplacements de populations ont eu lieu en Indonésie. Beaucoup allèrent trouver refuge en Australie tandis que leurs villages brulaient sous les flammes de ces nouveaux ennemis. Ils étaient impossibles à arrêter. Toute l’Afrique du sud est perdue. Le brésil ne va pas tarder lui non plus à être victime de cette conquête draconnique. Même les terres du soleil levant étaient atteintes ! Bref, l’humanité courrait lentement à sa perte. Une organisation terroriste du nom d’Al-Qaïda tenta d’esclavager ces nouvelles sources de terreur pour les revendre à des pays riches et ainsi relancer une nouvelle course à l’armement alors que l’on sortait à peine d’une longue Guerre Froide et d’en tirer un maximum de profit. Ils échouèrent. On m’avait rapporté que Ben Laden était mort écrasé par un dragon qu’il pensait avoir apprivoisé. Quelle erreur, quels fous !

Il fallut attendre 1996 pour que le monde sorte de son état d’oisiveté des plus profondes et ne commence à agir. En Novembre, l’Organisation des Nations Unies fit écrire un accord entre tous les pays membres dans lequel la création d’une nouvelle branche d’intervention contre cette invasion serait à envisager. Les raisons étaient bien justes. La police et l’armée ne possédaient pas les qualités nécessaires pour endiguer tout ça. Il leur fallait des hommes capables de supporter ce genre de situations tout en gardant un certain effectif actif dans les différents corps d’intervention déjà présents. Le contrat fut approuvé par la totalité des pays.

Ainsi naquit alors, le 17 Janvier 1997, la Dracomach and Security Service, ou D.A.S.S. Le nom du sigle venait du latin « maque » qui signifiait « contre » et le « draco » de « dragon ». Dracomach signifiait donc « contre les dragons ». Cette nouvelle organisation subventionnée par les différentes armées de chaque pays ayant accepté l’accord avait pour mission d’écarter toute menace de type draconnienne et, à plus long terme, de venir en aide aux civils victimes directement ou pas de ces créatures. Nos objectifs étaient donc variées : Sauvetage de civil sous des décombres, médecine sur les griffures ou les morsures, et interventions au milieu de conflits. Tout ceci, nous le faisions à la place de simples médecins et des pompiers car, quand nous sommes envoyés, nous sommes souvent seuls, largués en territoire soit abandonné, soit pris par les dragons, soit toujours en pleine bataille, entre les balles des soldats et les flammes des monstres.

La D.A.S.S est une organisation internationale séparé en 7 différentes filières qui agissent sur un territoire plus ou moins prédéfini. L’Europe de l’Ouest, celle de l’Est, l’Asie et l’Océanie en une seule branche, l’Afrique du Nord et une autre pour le Sud et pareil pour le contient américain. Plusieurs bases étaient installés dans les pays les plus importants, mais chaque continent possédait un quartier général où toutes les informations relatives aux dragons passaient et étaient ensuite envoyées à la base maîtresse de la D.A.S.S : celle de Chicago. Le quartier général de la D.A.S.S de l’Europe de l’Ouest était celle d’Oxford. Celle où je me trouve en ce moment même…

Un son sec et puissant me fit sortir de mes pensées. Le commandant avait sa tête penchée sur moi et était en train de claquer ses mains l’une dans l’autre avec grands fracas. J’entendis dans mon dos l’un de mes hommes pouffer. Sty claqua des doigts devant mes yeux et retourna à sa place d’origine.

-Pas le temps de penser à autre chose que la mission, capitaine Scalthy ! Je vous ai donné votre mission. Un hélicoptère vous attends dans deux heures, alors dépêchez-vous d’aller vous préparer ! Vos ordres de missions vous seront donnés dans le véhicule. Hop hop hop ! L’équipe 2 participera à cette mission, mais seulement en tant qu’équipe de soutien si jamais il y a trop de grabuges là-bas. Ah oui, dernière chose. L’armée française et les différents services ont réussi à construire un barrage entourant la zone. Seul vous et les hommes que vous demanderez auront la permission de franchir ce barrage. Rompez !

Tous mes hommes se levèrent ou avancèrent de leurs bureaux et s’agglutinèrent à l’unique porte d’entrée et de sortie de l’office. Je sortis en dernier et rattrapai mes camarades.

-Bon, vous avez entendu le patron ! Lançai-je. Tous à l’armurerie.
-Derrière vous, chef. Affirma un soldat juste dans mon dos. Je reconnus sa voix et souris. Son nom était Carlos.
-Moi et Simon allons prendre un peu de rations. Prévint Joseph, l’homme au fusil à pompe du groupe. On vous rejoindra à l’armurerie sous peu.
-Chef !

Je me retournai vers celui qui m’appelait. Il s’agissait de Gaël. Notre second sniper. Il était plus souvent à la mitrailleuse ces temps-ci, mais je tenais à le mettre des fois avec un fusil plus gros entre les mains de temps en temps. Il n’est pas bon de toujours garder les mêmes places dans une équipe. Et puis, cela me permettait de rester quelque fois avec Kevin. Il portait un blouson en cuir noir et des lunettes de soleil. Toujours avec des lunettes de soleil ! Jamais je ne comprendrais cette mode là… Il était blond et avait les cheveux coiffés vers l’arrière. Il soutenait de son bras droit un jeune qui n’avait pas plus de 21 ans. C’était Louis.

-Qu’y a-t-il ? Demandai-je.
- Le bleu ne se sent pas très bien. Je l’emmène aux toilettes.

Je m’approchai des deux et examinai Louis. Il avait le teint pâle, presque livide. Je voyais qu’il ne se sentait pas bien. Il contractait au maximum son ventre.

-Tu es sûr que ça va aller petit ?
-Oui. Répondit-il faiblement. Juste… le stress.

Je lui donnai une amicale tape sur l’épaule. Cette mission allait être sa première en territoire uniquement composé de dragons. Son angoisse était plus que compréhensible. Cela ne faisait que 2 mois qu’il bossait, et jusqu’à maintenant, il était soit en arrière avec les forces de l’armée pour son précieux rôle de médecin, soit dans les bureaux à taper les rapports.

-Alors remet-toi vite. On aura besoin de toi en pleine forme au milieu de la ville.
-O-Oui, chef !

Je lui tendis un sourire et regardai les deux soldats partir en direction des WC. Une fois hors de ma vue, je me retournai et rejoignis le reste de mon équipe dans l’ascenseur.


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