Note de la fic : :noel: :noel: :noel:

Siana


Par : -AtantoinE-
Genre : Sentimental
Statut : Terminée



Chapitre 3


Publié le 29/01/2010 à 16:48:00 par -AtantoinE-

III


De retour à Paris. Enfin ? Oui, je crois que je m’impatientais. J’essayais sens cesse de profiter au maximum de ce que je pouvais encore voir. Car j’allais devenir aveugle, et personne ne le savait. Depuis le soir où je l’ai appris, j’ai été animé par une conviction inébranlable. C’est triste, mais il aura fallu le pire pour m’y pousser… Il fallait que je parle à Siana. Que je reconnaisse ses longs cheveux de ce noir si intense. Que ses yeux tombent sur les miens et qu’elle écoute ce qui me pèse depuis longtemps. Je n’attendrai pas de réponse particulière, je sais que c’est délicat.



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Aujourd’hui fut donc une journée comme toutes les autres. Evidemment, Siana n’est pas venue me voir. Mais je savais qu’elle prenait le même bus que moi. On y serait sans doute plus tranquilles pour parler. Il était tard, et j’arrivais alors au fameux arrêt de bus lorsque je crus reconnaître son dos. Je ne faisais plus confiance à mes yeux. Mais mon esprit avait tout de même gardé en mémoire sa silhouette qui le flattait de son torrent de charme. Je tentais le coup :

-Siana ?
-Ah ? Salut.
-Alors ? T’as passé de bonnes vacances ?
-Oui, ça peut aller, nani nana. Et toi ?
-Un peu troublées, mais… Je crois que ça va mieux, maintenant.

Peut-on faire plus classique ? Désespérant… Je regrettais cruellement le manque de passion, mais je ne pouvais pas non-plus surgir devant elle en lui hurlant tout ce que j’avais à lui dire. Le bus, lui, n’avait pas l’air de se décider à venir. Alors je me tournais vers Siana d’un air décidé. Le visage blême, l’air dur, le regard plongé au centre de son noir iris. Autant il m’arrivait de passer mes journées à blaguer avec mes potes et de prendre à la légère ce qui devait être pris sérieusement. Mais ce n’est qu’une façade. Je n’ai jamais été comme ça et au fond de moi-même –et bien peu le savent-, je reste seul et grave. Un triste clown m’animait. C’était sans doute la première fois que je le montrais ouvertement, là, comme ça, en pleine rue, devant quelqu’un dont je ne connaissais rien et qui ne me connaissait pas plus. Et je crois que Siana venait de le comprendre.

-Ecoute. Je suis parti loin d’ici, j’ai beaucoup réfléchi et j’aimerais te dire quelque chose avant que la solitude ne m’enveloppe complètement…
-Attends, le bus !

Trop tard, le bus venait de partir. Merde, je l’avais pas vu ! Je ne devais réellement plus faire confiance à mes yeux ! Mais tout le reste fonctionnait, et mon sang ne fit qu’un tour.

-Viens par là, on va courir le rattraper !
-Mais non, ne soit pas idiot, on va attendre le prochain !
-Non, non, on va pouvoir attendre longtemps. Je connais un raccourci. Si on se dépêche, on pourra arriver à l’arrêt suivant avant lui !

Elle hésita quelques instants. Puis se mit à me suivre, à mon grand étonnement. On dévalait maintenant une rue sur plusieurs dizaines de mètres, Siana courant juste derrière moi. A un moment, je tournais soudainement vers la gauche, dans une ruelle. Fréquentée uniquement par quelques rares voitures de passage, aucun piéton n’y serait allé ; mais je connaissais le chemin. A vrai dire, j’aurais presque pu le traverser les yeux fermés. Je ne pouvais pas me tromper.

-Par ici, suis-moi !

Et Siana me fit donc confiance. J’étais heureux. Heureux de pouvoir l’aider. Un petit rire léger venait même parfois couper mon souffle. Haletant, on arrivait alors finalement devant une porte encastrée dans un mur à moitié défoncé. Cette porte donnait sur un large terrain vague par lequel on pouvait rejoindre la rue adjacente par la porte opposée. Et l’arrêt de bus suivant se trouvait juste là.

-On va traverser le terrain vague, et si on a été assez rapides, on pourra prendre le bus à temps.
-Okay, je te suis.

Je poussais la porte et pénétrais à l’intérieur. Les murs étaient très abimés, rongés par le temps et décapités à partir du premier étage. A l’intérieur, une large étendue couverte de verdure s’élançait en avant. Les grandes herbes qui avaient envahis l’endroit en dissimulaient les contours, si bien qu’on aurait presque eu du mal à délimiter clairement le lieu. Aussi, on pouvait également voir quelques anciens meubles, comme une table, une commode ou un miroir ; sans doute abandonnés ici depuis plusieurs années.

Je courais donc à travers les broussailles et les mauvaises herbes un peu trop entreprenantes. Cela faisait longtemps que je n’avais plus eu besoin d’emprunter ce raccourci ; et je préférais longer le mur, d’autant que mes deux fidèles alliés étaient décidément bien mal en point… Et je crus encore à un mauvais tour de mes yeux lorsque j’aperçus que la porte qui était censée nous amener exactement dans l’autre rue… était condamnée.

-Non, c’est pas possible, j’hallucine !

Je me suis arrêté et ais approché mes mains de la porte, comme un authentique aveugle. Je l’ai touchée, palpée, dans tous les sens. En effet, mes yeux disaient vrai, cette fois : D’épaisses planches en bois étaient clouées sur la porte. Impossible de passer, donc. Je laissais échapper un profond soupir, mais une voix s’éveilla derrière moi, me faisant comprendre que je n’avais pas le temps d’avoir honte.

-Merde, on est coincés !


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